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jeudi 18 octobre 2007

Dominique A


J'écoute peu de "chanson française" ces derniers temps. Non pas que je n'aime pas, il fut un temps ou Noir Désir, Fersen, Miossec, Arno et autres Daniel Hélin rythmaient mes journées. Seulement voilà, Bertrand Cantat sort à peine de prison donc il faudra encore attendre avant un nouveau Noir Désir, Fersen se complait maintenant dans des chansons niaises sur son chien ("Zaza"), Miossec devenu sobre se contente de truffer ses textes de clichés et lieux communs ("la mélancolie"), je n'ai pas osé écouté le nouvel album d'Arno qui n'a jamais confirmé le regain de forme qu'était "Charles Ernest" et Daniel Hélin m'agace un peu. Ne nous épanchons pas non plus sur la "nouvelle chanson française" dont aucun représentant n'est parvenu à retenir mon attention depuis bien longtemps... et ce n'est pas les petits nouveaux comme Adrienne Pauly avec leur style "bad girl" bien calculé qui me feront replonger. Je suis pourtant persuadé que, comme dans tous les genres, il suffit de chercher un petit peu plus loin que ce que Michel Drucker et Pascal Nègre régurgitent aux français moyens en prime time pour trouver des merveilles. J'attends vos suggestions, je n'ai pas le courage de débroussailler tout seul.

Reste que dans ce brouillard de médiocrité, un homme continue à frayer son chemin, loin des projecteurs, loin de la hype parisienne, à coup d'albums oscillants entre le bon et le superbe et de prestations scéniques d'une intensité rarement égalée. Dominique A sort ces jours-ci son premier album live, "Nos forces motrices", enregistré au cours de quatre dates françaises de sa tournée pour l'"Horizon". Fort de 15 titres, cet album retrace toute la carrière de Dominique A, ne s'attardant sur aucune période en particulier, comme un bilan scénique de son œuvre. Des titres qui ne m'avaient pas convaincus sur l'Horizon comme "La Relève" figurent maintenant parmi les plus beaux morceaux de l'album. "Tout sera comme avant" et "Le Bowling" paraissent encore plus sombres et inquiétantes. Même les titres les plus anciens comme "Le courage des oiseaux" (15 ans déjà) n'ont pas pris une ride et sont livrés ici dans des versions électrisées et rythmées. On peut toujours déplorer l'absence de certaines grandes chansons de Dominique A de la sélection (pas de "Les hommes entre eux", "En Secret", "Comment certains vivent", je pourrais continuer longtemps) mais le choix des morceaux reste cohérent, équilibré, laissant la place aux textes les plus forts, aux ambiances lourdes. De même, ceux qui préfèrent les chansons plus légères de son répertoire ("Pendant que les enfants jouent", "Les éoliennes", "Twenty Two bar", "Dans un camion", etc.) resteront sur leur faim. Un deuxième CD plus enjoué, car il en est aussi capable, n'aurait pas été de refus pour pouvoir explorer toute la palette live de Mr A. Mais je pinaille.

En attendant le nouvel album de Daniel Darc...

Site Officiel - Amazon



Dominique A - Tout sera comme avant (live)



Dominique A - Antonia (live)

mardi 16 octobre 2007

Noir Désir


Bertrand Cantat est libéré aujourd'hui. Bonne nouvelle. Il ne pourra pas publier de chansons faisant allusion au crime pour lequel il a été condamné. Deuxième bonne nouvelle. Je ne m'épancherai pas sur l'affaire, tout a déjà été dit. Reste que Noir Désir n'a toujours pas trouvé de successeur dans le paysage rock français.

En attendant la suite, un petit souvenir de Noir Désir, au sommet de leur art, en 2002 aux victoires de la musique (et le mp3 à emporter, pour ceux qui comme moi trouvent que cette version est de loin supérieure à l'originale).




MP3: Les Ecorchés - Live aux Victoire de la Musique 2002

mercredi 10 octobre 2007

Adam Gnade & Youthmovies


Je sais que tout le monde n'en a que pour Radiohead aujourd'hui. Soit. Si vous voulez vous changer les idées...

Souvenez-vous de la première fois que vous avez écouté "Relationship of Command" de At The Drive-In. Si arrivé à la cinquième plage, "Invalid Litter Department", vous avez comme moi adoré les élucubrations de Cedric Bixler sur un discret fond électrique vous risquez d'adorer cette collaboration entre Adam Gnade et Youthmovies. Si vous adorez les morceaux parlés de Xiu Xiu comme "Support our Troops" vous risquez d'adorer aussi. Si vous avez toujours détesté At The Drive-In et Xiu Xiu vous allez probablement adorer parce que cet EP ne ressemble véritablement à aucun des deux.

Les cinq pistes de "Honey Slides" sont le fruit du travail d'une sorte de poète fou, Adam Gnade (qui a déjà sorti un album, quelques EPs et collaborations difficles à trouver), et d'un groupe, Youthmovies (anciennement Youthmovies Soundtrack Strategies avec deux albums à leur actif sous ce nom) zigzagant entre un rock dansant et rythmé et une électronique expérimentale. Tandis que l'un déclame ses textes, dans la droite lignée des écrivains beat comme Hubert Selby Jr ou Hunter S Thompson les autres bâtissent des voutes sonores empruntant des éléments tant chez !!! (voir la plage titre "Honey Slides") que chez Johnny Greenwood et sa célèbre "machine à faire des bruits bizarres qu'il actionne en branchant et débranchant des cables" (comme quoi même quand on veut échapper à Radiohead...). Le résultat de ces mélanges est pourtant extrêmement cohérent. Le groupe séduit immédiatement avec un premier titre accrocheur et semble ensuite prendre l'auditeur par la main pour le mener progressivement des ambiances familières aux territoires inconnus, défrichant petit à petit le passage devant lui, présentant les difficultés une à une pour qu'elle n'en soit finalement plus. Loin des agressions frontales que l'on retrouve chez Xiu Xiu Adam Gnade et Youthmovies aident l'auditeur à apprivoiser leur monde au fil des morceaux. Une belle réussite.

"Fill our dressing rooms with gin and red wine and we'll give you back songs, none of this lasts forever"

Youthmovies - Adam Gnade - Try Harder Records


Adam Gnade & Youthmovies - Honey Slides



Adam Gnade & Youthmovies - It's Five O'Clock In America

mercredi 3 octobre 2007

Vieux Amis (pt 2) : The Good Life


Quelle est la probabilité qu'une école jésuite sévère d'Omaha dans le Nebraska couve simultanément ce qui deviendront deux des meilleurs artistes folk de leur génération? Quelle est la probabilité qu'ils soient en plus meilleurs amis? C'est pourtant ce qui est arrivé à Tim Kasher et Conor Oberst. Amis d'enfance, l'un a eu le succès que l'on connaît au sein de Bright Eyes tandis que l'autre en mériterait au moins autant avec The Good Life. Kasher sort aujourd'hui, "Help Wanted Nights", le quatrième album de ce groupe qui commença comme un simple projet solo, dans l'ombre de Cursive, et qui avec le temps est devenu une entité à part entière. Autant le dire tout de suite, ce "Help Wanted Nights" n'est pas son meilleur (voir "Album of the Year" sorti en 2005) mais c'est une des jolies surprises de cette rentrée.

Originalement conçu comme la bande son d'un scénario du même nom, "Help Wanted Nights" est devenu au fil de sa conception une collection de chansons librement inspirées des idées principales du film. Difficile en effet de trouver un fil conducteur ou de recomposer une histoire à l'écoute de cet album mais c'est voulu. Malgré son processus créatif différent les habitués de The Good Life se retrouveront en territoire connu. On y retrouve tous les ingrédients qui ont depuis toujours fait la magie de leurs albums, à commencer par l'écriture de Tim Kasher qui n'a pas son pareil pour écrire un texte sensible et déchirant à la fois sans jamais sombrer dans le cliché de l'amoureux éploré. L'amour et ses tourments sont pourtant au centre de chacune de ses chansons mais il parvient toujours à tourner ses propos joliment et simplement ("You're a fool for the wounded, I'm a man in need of bandages"), à jouer sur les mots et les sonorités ("You stopped stopping by to say hello, you started starting up every time I called") et à s'inventer des métaphores efficaces ("One man's bed is another man's resurrection"). Sa voix légèrement cassée, hésitant en permanence entre les graves et les aigus, parvient à trouver un équilibre entre ses textes et ses mélodies, échappant ainsi à la surcharge émotionnelle qui pourrait émaner d'histoires aussi introverties.

Ce quatrième album est une jolie réussite et convainc bien plus que le dernier Cursive ("Happy Hollow"), dans lequel le talent de Tim Kasher semble se diluer dans un océan de guitares électriques. Les instrumentations de ce disque sont au contraire toujours délicates, se faisant facilement oublier derrière leur meneur. Même si The Good Life est aujourd'hui un groupe à part entière on sent que tous les morceaux sont élaborés et dirigés à la guitare sèche sur laquelle viennent se greffer les autres musiciens. Et c'est comme cela que ses chansons fonctionnent le mieux... Il y a pourtant de fortes chances que ce soient ces allers-retours entre ses deux projets qui permettent à Kasher de livrer des albums aussi beaux et personnels que ceux de The Good Life.


The Good Life - Picket Fence



The Good Life - Playing Dumb



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Et je ne résiste pas à vous proposer le très beaux duo entre Conor Oberst et Tim Kasher, "Drunk Kid Catholic", que l'on retrouve sur "Noise Floor", l'album de faces B et autres raretés que Bright Eyes a sorti à la fin de l'année passée.

Bright Eyes - Drunk Kid Catholic

vendredi 28 septembre 2007

Strange Death Of Liberal England

Avant de continuer la série sur nos vieux amis j'aimerais revenir sur le premier album de Strange Death of Liberal England, "Forward March!", passé relativement inapperçu à sa sortie début juillet. J'ai moi-même déjà brièvement évoqué ce groupe de Portsmouth il y a quelques mois lors de la parution de leur premier 45 tours, l'impressionant "A Day, Another Day". Je les comparais à l'époque à un groupe imaginaire dans lequel les membres de Silver Mt Zion reprendraient du Arcade Fire. A l'écoute des huit titres qui composent ce court premier album je peux maintenant rafiner un peu cette description. Imaginez plutôt un Silver Mt Zion laissant toute sa prétention au vestiaire, se concentrant sur le principal, pour créer de vraies petites chansons pop où il n'y aurait pas de place pour les divagations erreintantes de leur leader. Rajoutez à cela l'enthousiasme et l'émotion véhiculés par cinq personnes chantant à l'unisson et vous obtiendrez des chansons concises et puissantes. L'ombre d'Arcade Fire planant lourdement sur la scène du rock indépendant depuis trois ans les assimilations vont pleuvoir mais ce serait injuste de les étiqueter comme imitateurs (même si il est difficile de ne pas penser à "Power Out" à l'écoute de "Oh Solitude"). Arcade Fire eux-mêmes n'ont fait que joliement remettre au gout du jour des recettes déjà testées et approuvées par Talking Heads dans les années 80 ou les Beach Boys avant eux.

"Modern Folk Song" ouvre l'album sur une guitare acoustique et électrique qui s'entremêlent délicatement, servant de fond mélodique aux harmonies d'Adam Woolway. Cette première minute trompeuse est immédiatement balayée par l'artillerie lourde du groupe, leur leader déclarant "Thanks but I'll go my own way" comme un pied de nez à l'aspect conventionnel de leur introduction. Les guitares électriques se font aériennes et la grosse caisse démarre pour rythmer leurs voix à l'unisson. "Oh Solitude", deuxième single du groupe, sonne l'urgence et l'enthousiasme rêveur d'une jeunesse armée de tambourins et de grandes idées ("I paint my dreams upon the wall!"). "A Day, Another Day" reste le single imparable découvert en mars dernier, comme une fanfare découvrant le post-rock. C'est pourtant "An Old Fashioned War" qui vole la vedette sur ce premier album. Le groupe semble y prendre la tête de l'armée fantoche du magicien d'Oz pour la mener au front sur une chanson s'accélérant à la manière d'une kalinka.

Sur "Mozart on 33" Strange Death of Liberal England parvient à éviter le sentiment de redite sur un titre plus faible grâce à l'introduction d'un banjo. Suivent deux titres formant une sorte de diptyque clair/obscur où les meilleurs sentiments du groupe sont contrebalancés sur une chanson où le ton et les instruments se font beaucoup plus agressifs et menaçants. L'album se clos finalement sur un morceau dispensable à la lumière de ce qui a précédé, où le groupe retrouve ses profondes influences et prouve au monde entier qu'ils ont très bien assimilé leur leçon de Mogwai.

Difficile de comprendre pourquoi un album de cette trempe reste aussi confidentiel. Un rapide coup d'oeil sur Hype Machine nous révèle que seuls deux blogs sur les milliers référencés ont évoqué le groupe depuis la sortie de leur album. Une injustice que j'espère contribuer à réparer à ma manière.

Strange Death of Liberal England - An Old Fashioned War



Vidéo de "Oh Solitude"


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mercredi 19 septembre 2007

Vieux Amis (pt 1) : Stars & Okkervil River

Après deux mois et demi d'errances je me retrouve à la tête d'une montagne de nouveaux albums à écouter et digérer. Avant de me lancer dans les découvertes je me réfugie dans le confort des territoires connus, les nouveaux albums de quelques vieilles connaissances. Impressions

Stars - In Our Bedroom After the War

Je n'ai jamais été très client des canadiens de Broken Social Scene. J'ai pourtant longtemps essayé. C'est finalement après un concert légèrement ennuyeux que j'ai capitulé, ce groupe ne me touche pas. Tout le contraire du projet parallèle de Torquil Cambpell et Amy Milan, Stars. "Set Yourself on Fire" fut un de mes disques de chevet en 2005 et leur concert à la rotonde du Botanique de Bruxelles reste un de mes plus beaux souvenirs de scène (et je ne pense pas trop m'avancer en disant que ce le fut également pour eux si on en croit un Torquil au bord des larmes répétant entre chaque morceau que c'est le plus bel endroit dans lequel ils aient jamais joué, leur meilleur concert). Que penser donc de ce nouvel album qui contient à la fois le meilleur et le pire de la carrière du groupe? Si l'on s'arme de son bouton skip, c'est une belle réussite, le digne successeur de "Set Yourself on Fire". Après une petite intro rythmée par un battement de coeur "The night starts here" ouvre le bal de manière ambiguë. Opposition entre des nappes de synthétiseur et de basse saturées de feedback et les voix de Milan et Campbell qui se répondent. Passé la première surprise il faut reconnaître que cela fonctionne plutôt bien. "Take me to the Riot", premier single annoncé, est calibré FM. Leurs deux voix à l'unisson dans les couplets et un refrain accrocheur, rapide, où Campbell peut se se lâcher. Jamais conventionnel pour autant.

L'album coule ensuite (très) joliment jusqu'à "Ghost of Genova Heights" où Campbell déchaîne son funk intérieur. L'effort est louable mais n'est pas Prince qui veut. Skip. Comme sur tous les albums de Stars à ce jour (c'est leur quatrième), la deuxième partie (Face B?) est sensiblement plus faible que la première mais reste de bonne facture si on oublie "Barricade" qui semble tout droit sorti d'une comédie musicale américaine sur la révolution française. L'album se termine par contre sur un titre monumental, peut-être mon préféré de Stars à ce jour, où Campbell y réussit tout ce qu'il a raté sur "Barricade". Bien sûr il faut ranger sa carapace au placard. De toutes façon Stars n'a jamais été un groupe pour machos. Je ne peux m'empêcher de penser au "I Fought in a War" de Belle And Sebastian en l'écoutant. C'est une overdose de sucre (Campbell n'a jamais aussi bien crooné), truffé de bons sentiments ("Listen the birds sing! Listen the bells ring! The War is over!"), pompeux à souhait (merci les violons et l'envolée). Ca pourrait très bien être le bouquet final de leur comédie musicale. Pourtant c'est parfait.


Stars - In Our Bedroom After the War


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Okkervil River - The Stage Names


J'ai déjà longuement évoqué "Black Sheep Boy" dans ces pages virtuelles. Tout comme Stars, le précédent album d'Okkervil River a longuement usé mon lecteur. Will Sheff et sa bande nous reviennent deux ans plus tard et une chose est sûre, ils veulent réclamer leur dû. "Black Sheep Boy" a rencontré un beau succès d'estime mais ne les a pas (et c'est injuste), révélés à un plus large public. Ils l'ont mauvaise. Will a sorti sa guitare éléctrique et la grosse caisse est dépoussiérée. Le ton est donné immédiatement sur "Our Life is not a Movie or Maybe". Ce disque sera résolument rock, le son plus gros. Fini de se lamenter avec une guitare acoustique dans des jardins fleuris (cfr concerts à emporter). Les rythmes s'accélèrent, les pianos se saccadent et un solo de guitare électrique couillu fait même son apparition. La voix de Sheff douce et grave dans les moments plus calme vire à l'aigu quand il s'excite et il dévoile une agressivité qu'on ne faisait que lui soupçonner jusqu'à maintenant. Sur "A Hand to Take Hold of the Scene", le troisième morceau de l'album, le groupe surpris par tant de hargne semble tenter d'adoucir le propos de son chanteur en lui joignant quelques coeurs féminins et une section cuivre.

Comme s'il avait compris le message, Sheff fait un virage à 180°. "Savanah Smiles", une berceuse rythmée par une horloge et menée au xylophone. Tant pis pour ceux qui avaient succombé à ce côté plus sombre, la suite de l'album sera résolument plus calme. "Plus Ones" aurait pu figurer sur "Black Sheep Boy", c'est de l'Okkervil River pur jus. Simple et beau. Quelque part à la croisée des chemins de l'americana et du folk. Will Sheff y console une amie comme seul un homme qui a également beaucoup souffert peut le faire, "No one wants to hear about your 97th tear...". Par le passé il aurait peut-être interprété cette chanson seul à la guitare mais aujourd'hui il s'adjoint d'un piano et de cuivres. C'est là la principale faiblesse de l'album. Tous les instruments qui entourent Sheff durant les moments plus calmes ne parviennent pas véritablement à convaincre. Un sentiment que l'on retrouve malheureusement trop souvent sur des chansons en demi-teinte. Okkervil River fonctionne le mieux en mode rock sans complexe ou complètement dépouillé mais peine à trouver un juste milieu. Les titres plus calmes teintés d'americana à coup de pedal steel et de piano semblent trop chargés et on se surprend à n'apprécier véritablement que les passages où Will Sheff se retrouve seul. Ce juste milieu ils en sont pourtant capables, la preuve avec le superbe "Title Track" où la voix et les instruments parviennent à se compléter sans jamais se mélanger.

« Black Sheep Boy », s’ouvrait sur la reprise de la chanson de Tim Hardin du même nom. Cette fois-ci les Okkervil River décident de rendre hommage à un de leurs aînés en clôture d’ album. « John Allyn Smith Sails » se transforme petit à petit en « Sloop John B » de Brian Wilson. « I feel so broke up, I want to go home ». Bien malin celui qui décèlera un thème récurrent…


Okkervil River - Our Life is not a Movie or maybe



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jeudi 9 août 2007

Benjy Ferree

J’interromps le calme relatif de ces mois d'été pour vous entretenir de Benjy Ferree dont le premier album "Leaving the Nest" est passé relativement inaperçu en ce début d'année malgré une sortie sur Domino. Découvert aux hasards de mes pérégrinations sur Internet, ses chansons m'avaient séduites mais je ne m'y étais pas attardé étant donné l'avalanche de nouveautés à cette période. Depuis quelques semaines j'y suis pourtant revenu et c'est en passe de devenir un de mes albums de l'été.

Ces dix chansons sont un petit condensé d'histoire de la musique contemporaine américaine. Le voyage commence quelque part en Louisiane avec"In the country side", un habile mélange entre un rythme cinq temps qui n'aurait pas déplu aux pionniers du Jazz et une guitare tantôt acoustique, tantôt électrique saturée. Le tout est assemblé en une chanson pop digne des Kinks. Changement de ton radical sur "Dogkillers" qui nous ramène vers les mégapoles sales et embrumées du Nord, influences Stooges et garage rock prennent le dessus. Benjy Ferree nous rapatrie ensuite dans le Bayou, il a enfilé son costume de Charles Ingals, a posé le pied sur le tabouret et nous offre une petite berceuse mélancolique au violon pendant que Caroline sifflote et gratte sa planche à laver avec ses doigts chapeautés de dés à coudre. Il reprend ensuite sa carriole, le brin de paille aux lèvres, et se dirige vers la Californie en entonnant avec une voix éreintée par les folies de la veille "The Desert", une balade ensoleillée de banjo et de maracas, . En chemin il se souvient de son enfance et d'un amour passé qu'il nous conte dans une sorte de gospel nostalgique sur "Private Honeymoon".

Benjy Ferree semble sortir du même moule qu'un Jack White, avec des influences très diverses parfaitement assimilées et assumées. Son chant ressemble par moments fortement à celui du leader des White Stripes, particulièrement sur des titres tendus comme "Leaving the Nest". Passé "Hollywood Sign" la qualité pique malheureusement du nez. Cela reste très agréable mais ne retient plus vraiment l'attention. Il réutilise des recettes qui fonctionnaient bien sur les sept premiers titres de l'album mais ici ça ne parvient plus vraiment à décoller. "In the Woods" par exemple démarre très joliment avec un texte enfantin rappelant les plus beaux moments de Daniel Johnston puis s'enlise dans un refrain de "Sleeeeeeeep" tiré en longueur qui laisse un goût d'inachevé. Benjy Ferree est une sorte d'épicier qui mets à l'avant de son étalage ses plus beaux fruits et légumes, très variés et alléchants et range un peu plus en retrait ceux qui ont quelques coups et taches mais qui restent tout à fait mangeables. Le tout nous donne donc un premier album très réussi dans lequel il nous présente toute sa palette de talent à ce jour mais qui manque parfois d'un petit peu de cohésion. Peu importe pour l'instant, je sens que cet homme ne fait que commencer...


Benjy Ferree - In The Countryside




Benjy Ferree - The Desert



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